Présence-absence psychopompe
« la musique adoucit les mœurs... »
L’Harmonie des sphères
Mardi 5 mai 2026 — 15h45-17h45
L’harmonie des sphères est une ancienne idée pythagoricienne selon laquelle l’univers est régi par des rapports numériques comparables à ceux de la musique. Dans cette vision, les distances et mouvements des astres correspondent à des intervalles harmonieux, comme si le cosmos formait une sorte de musique invisible.
Sens philosophique
Cette notion n’est pas une théorie scientifique moderne, mais une manière de penser le lien entre mathématiques, astronomie et beauté de l’ordre cosmique. Elle a été reprise et développée dans l’Antiquité puis au Moyen Âge et à la Renaissance, notamment dans des lectures néoplatoniciennes.
Évolution de l’idée
Chez les Grecs, l’idée apparaît surtout dans le cadre d’un univers géocentrique où les astres sont disposés selon des proportions musicales. Plus tard, Kepler a tenté de la reformuler à partir des mouvements planétaires réels, mais l’astronomie moderne a fini par affaiblir cette conception symbolique.
Tout comme la musique adoucit les mœurs, disent-ils, l’harmonie des sphères illumine, quant à elle, nos ciels, allégeant le monde de ses pesanteurs, faisant grandir de l’intérieur l’être et le néant, élevant nos corps, notre âme et notre esprit au même titre que les étoiles émettent leur message par fréquences régulières et longueurs d’ondes propres ; preuve par la démonstration que l’univers est à l’infini constellation, nébuleuse, insaisissable qui échappe. Ainsi, sans les arts libéraux devant tel spectacle, que dire ? Aussi, que penser donc face à semblable cosmologie ? En l’inspirant, pareille profondeur de champ offre le change à l’acteur. Et, en échange à la poésie du moment, se déploient les arts de la scène dans le mouvement du théâtre de l’histoire. Alors pris le cœur au ventre comme par une évidence, s’empare de soi un fort sentiment d’impuissance, car le sublime s’installe par l’être-là, l’être-au-monde se faisant ressentir par l’intermédialité et l’intercession du maître de cérémonie, l’acteur, présence-absence d’ordre psychopompe dictant son texte, imposant sa voix, ordonnançant le corps de chair en sa gloire : le verbe, la parole via l’ombilic disposant du grain de la voix et du timbre par modalité, par modulation d’une scansion en guise de petite musique de nuit, qui trouble et qui émeut en déroulant comme une feuille de route, sa partition en forme de prescriptions et de commandements, l’ordre et la lecture, que redouble l’interprétation se restituant en instance, une fois actualisée, l’apparition-disparaissante. Ces formes de vie indéterminées sont vivantes, organiques, ductiles, charnelles parfois, physiques et corporelles, mais spirituelles et poétiques, excentriques et ésotériques, initiatiques, mystiques quelquefois. Parce qu’en cours d’accomplissement, elles se distinguent et se manifestent comme des esprits, des vues de l’esprit, œuvres de l’esprit qu’elles sont toutes, magiques et comme sur le point d’être exhumées/ressuscitées, le miracle de la vie des formes advenant avec force puisque incarnées, prises et emportées par le don du souffle, elles ont la grâce des hauteurs les plus extrêmes, en nuées, abîmes, abysses mêmes de la respiration tant sont grands le talent et le génie, non sans démesure ni folie d’ailleurs, la clé du cœur faisant le reste avec ses raisons propres, par élan-réceptacle du geste comme et quand la gestique ajoute ses onguents aux mots par l’éloquence de discours rapportés que sait manier à merveille l’acteur en véritable médium qu’il est, officiant : l’acteur-comédien, l’acteur-musicien, l’acteur-danseur, en acteur accompli ou acrobate de dieu, se fait circassien, performeur, conteur, poète, artiste, peintre, prestidigitateur, magicien, tout autre masque vu et appréhendé, perçu et admiré sous l’angle des mutations et métamorphoses qui fondent et confondent la fibre et l’ADN, l’alchimie transformant le plomb en or par alliage, par alliance, en arche.
Parce que l’homme c’est le style, il est une signature quand l’empreinte se fait lumière. Considérable présence-absence psychopompe de l’acteur lorsque les jeux se dispensent en leçons de ténèbres, enseignements d’ordre moral ainsi que nous les prodigue et procure le spectacle vivant par résurgences et remémoration ; la ressouvenance au royaume des signes bouscule les sujets sans pour autant les perturber, faisant bouger les lignes sur l’échiquier tant les émanations en potentialités traduisent, transcrivent, déchiffrent, cryptent le symbole en signe de l’humain, décode la symbolique du divin dans l’ordre qui se joue entre l’homme intérieur et l’homme extérieur, l’intermédialité réconciliant par un certain sourire, rendant de nouveau possible le dialogue à une voix, mystique et sacré au détour du spectacle, tel quel, à l’endroit du profane là où s’expriment les qualités de mouvement, les états de corps allant en quête d’identité, partant à la recherche d’une vérité des choses – choses de la vie/choses en soi – au-delà des mots et des gestes : l’harmonie des sphères. [...]
(c) Valérie Colette-Folliot
Sémiologue de la danse, conférencière
Professeur de culture chorégraphique, histoire de la danse
Docteure en arts du spectacle, études théâtrales
Conservatoire à rayonnement régional de Rouen
Mercredi 29 avril 2026
Ressources
❧ Dominique PROUST, L'Harmonie des sphères, Paris, Le Seuil, 2001.
❧ Joscelyn GODWIN, Les harmonies du ciel et de la terre. La dimension spirituelle de la musique, Paris, Albin Michel, 1994.
Légende des photographies :
Glarean (1488-1563), Dodecachordon, 1547.
Source : Bibliothèque nationale de France, département Musique, RES F-125.