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Dans l’œuvre de Véronique Sablery l’image ne cherche plus à rassembler un monde mais à le défaire. Il s’agit là d’un précis de décomposition qui produit une discontinuité douloureuse loin de toute consolation possible. L’image n’engendre plus d’ivresse : elle ne fait que souligner de manière minimaliste une souffrance qui, peut-être, ne se reconnaît plus pour telle mais emplit l’espace de sa sourde mélopée par une rythmique particulière de l’Imaginaire. L’artiste crée en effet une forme de rythme qui n’est plus celui de la vie mais qui représente une force sourde. Celle-ci impose un tempo uniforme, décompose l’être par l’assaut réitéré de ces lambeaux physiques dont toute âme semble avoir disparu (même s’il subsiste un peu de corps). Par sa pauvreté programmée une telle recherche fait écho à l’affirmation d’un manque, d’une incertitude d’être et d’avoir été. Dans sa vacuité elle souligne aussi une perte irrémédiable et de toujours comme si le vain déploiement des lignes ne pouvait que suggérer le vide sur lequel vaque une sorte de silence absolu. Ne restent que les ultimes assauts, soubresauts, ombres et souffles qui nous portent vers une zone de l’esprit humain qu’on ne pensait pouvoir être atteint que par la musique, ce plus abstrait des arts.”

Extrait de Véronique Sablery : chant de l’image, musique du silence , un texte de Jean-Paul Gavard-Perret.

Le site : www.veroniquesablery.com
Le blog : http://veroniquesablery.tumblr.com/
le Twitter : http://twitter.com/sablery/

Illustration : Véronique Sablery, LES VISAGES DE L’EXTASE - Photographies sur rodhoïd, plaques de verre, colle au silicone (détail).