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Vient de paraitre : Ligéia, Dossiers sur l’art, XXIe année, n° 81-82-83-84, Paris, janvier-juin 2008.

Art et frontalité. Scène, peinture, performance
Sous la direction de Marie-Madeleine Mervant-Roux

La frontalité est l’une des grandes notions transversales de la réflexion artistique. Elle est ici examinée à partir du champ théâtral et plus précisément du dispositif dit « frontal », que beaucoup jugent périmé et qui semble tenir sa force du fait qu’il cristallise dans l’espace le phénomène de la “facialité” : le face à face exceptionnel de l’acteur (porteur de fiction) et du spectateur (qui regarde).Ce face à face n’est pas un simple vis-à-vis.
Le dispositif frontal, qui ne comporte pas forcément de cadre (on le confond souvent avec la scène dite « à l’italienne ») se caractérise simplement par le fait que le public s’y tient immobile (en général assis, mais cela ne fait pas partie de sa définition) en face d’une aire de jeu clairement limitée et adossée à un fond. Matérialisé ou non, ce « fond » est essentiel : l’espace est ouvert à l’imagination et à la pensée parce qu’aucun public ne s’y trouve. Les deux contraires du modèle frontal, selon deux modes d’opposition, sont le théâtre en rond (aucune échappée de ce genre : les spectateurs cernent la scène) et l’absence d’aire de jeu stable.
Pour ce qui est des usages précis du dispositif frontal depuis le creuset médiéval, la recherche a montré la permanence des échanges avec les autres arts. Dans l’approche du complexe paysage intermédial contemporain (XXe-XXIe siècles), nous avons privilégié deux axes : la facialité, avec un premier ensemble d’études consacré aux réinventions modernes de la face à partir du visage, puis la vision frontale, avec d’autres études portant sur l’installation scénographique du spectateur « en face » d’un espace défini comme absolument autre. Enfin, pour mieux appréhender le caractère structurel de la disposition frontale dans l’événement théâtral, nous présentons quelques exemples de productions dynamisées par le désir de sa suppression au nom d’une conception participative et relationnelle du jeu. Ironie de l’histoire de l’art : là où elles ne sont pas trop rigides (comme a pu l’être le Théâtre en rond), elles pourraient bien participer de sa revitalisation.”

EXTRAITS DE LA TABLE DES MATIERES :

-  Marie-Madeleine Mervant-Roux, La face / le lointain
-  Melissa Van Drie, Que se passe-t-il quand le visage écoute ? Le visage téléphonique de La Voix humaine [1930]
-  Anne Longuet-Marx, Rigoureusement de face. À propos de Comédie [Play] de Beckett
-  Erica Magris, Carmelo Bene ou le masque sans visage d’un théâtre impossible
-  Katia Arfara, Romeo Castellucci, Hey Girl ! Portrait de jeune fille avec miroir
-  Laure Fernandez, Tirer le portrait. Du visage de l’acteur et de la théâtralité (Douglas Gordon, Roni Horn, Bertrand Lavier)
-  France Jaigu, « You lookin’ at me ? » Le face à face revu par Chuck Close
-  Pierre Lauret, Visages, portraits, gros plans
-  Stephane Herbelin, « Mais il suffist que ce soit au créon pour avoir plustost faict… »
-  Arnaud Rykner, Visages en scène : de l’écrin à l’écran pantomimique
-  Bénédicte Boisson, Des masques sans visage
-  Julie Sermon, Qui du visage et de la figure ? Les dramaturgies contemporaines, entre tradition humaniste et effets de persona
-  Jean-François Ballay, De l’interaction avec un clone au face à face théâtral. Sur trois œuvres de Catherine Ikam
-  Marie-Christine Lesage, Une théâtralité déterritorialisée et réinventée. À propos d’Eraritjaritjaka - le musée des phrases de Heiner Goebbels
-  Eric Vautrin, Faire face/ faire figure. Autour de la 35e Biennale de théâtre de Venise
-  Chantal Guinebault-Szlamowicz, En face et à l’intérieur. Le paradoxal pouvoir de la marionnette
-  Nefertari Vanden Bulcke, À propos du Quartett de Peter Misotten et De Film Fabriek
-  Hermeline Guervilly, Personnages, acteurs et spectateurs. Ce que la frontalité fait à la fiction. (Frédéric Fisbach, Stanislas Nordey)
-  Catherine Phet, Le tulle monumental de 4. 48 Psychose
-  Claude Régy, Sallahdyn Khatir, Comme un chant de David, un espace quadri-frontal
-  Sylvie Courtine-Denamy, En quête de l’infini. Une rencontre imaginaire entre Emmanuel Levinas et Barnett Newman
-  Christian Biet, La séance et les regards (XVIIe-XXIe siècles) : frontalité, perspectives, croisements
-  Nathalie Toulouse-Carasso, Le vase clos des trois cents visages (le Théâtre en rond de Paris)
-  Anne Gonon, En rue. Acteurs et spectateurs en pleine lumière
-  Clyde Chabot, Corps à corps
-  Felix Ruckert, Concevoir mes spectacles comme un jeu
-  C. Chabot, Amplification ou mise en jeu du face à face
-  Agathe Dumont, Etre face à la piste ou lui tourner le dos : comme en plein jour et ses figures de cirque
-  Alice Folco, Intermédialités, n° 8, Envisager (compte rendu de lecture)

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Illustration : Sarah King , Customised Fruit