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LES JOURNÉES SATIE
Musique - Arts plastiques

Jean-Luc Rigault, narrateur
Orchestre symphonique du Conservatoire
Claude Brendel, direction
Les étudiants de l’École régionale des Beaux-Arts de Rouen

Concert décalé avec Paris, un dimanche. Trois managers font la réclame d’un spectacle auquel un prestidigitateur chinois, une girl américaine et deux acrobates servent de parade. Quel cirque ! Ce petit manège tire des objets tout ce qu’ils peuvent donner d’émotion esthétique. Pour Apollinaire, Satie a du génie. Son esprit nouveau transporte les ballets russes et les avant-gardes du XXe siècle.

Mercredi 19 mars – 20h
Auditorium du Conservatoire

PARADE
Danse

Spectacle des classes de danse de Lucie Brière, Valérie Colette-Folliot, Emilie Guillemette, Caroline Lab, Aline Mottier, Françoise Sucheyre-Dufils,
Marine Haquet et Domitille Le Barbenchon, piano

S’inspirant de Parade, le gala de danse explore la plus contemporaine des œuvres du répertoire moderne, et rend ainsi hommage au fier excentrique, Erik Satie. Les classes de danse proposent donc de se livrer aux imaginaires multiples et singuliers, tout en expérimentant l’épaisseur du temps, sa durée, son volume, ses silences, ses énigmes…

Vendredi 28 mars – 19h
Samedi 29 mars – 15h

Auditorium du Conservatoire


A propos de Parade

En préfiguration à la semaine autour de Satie, le gala s’inspire de l’univers circassien de Parade. Créé le 18 mai 1917 au théâtre du Châtelet par les Ballets russes de Diaghilev, Parade est un ballet réaliste imaginé par le trio Satie, Picasso et Cocteau sur une chorégraphie de Léonide Massine. André Gide rapporte que dans les arcanes de l’oeuvre, Jean Cocteau s’interroge, et finalement en coulisses, il “doute si Picasso et Satie ne sont pas de lui”. (André Gide, Journal, 1921)

Paris, un dimanche, une parade annonce le spectacle d’un théâtre forain. “Trois managers féroces, vulgaires, surhumains, inhumains, font la réclame d’un spectacle auquel un prestidigitateur chinois, une girl américaine et deux acrobates servent de parade. N’entrons pas. Les managers furieux, les quatre petits personnages trop modestes nous suffisent. Dedans doivent sévir la richesse, le grand jeu, Wagner and Co, le sublime, ce lion couché dans l’L majuscule des Magasins du Louvre. Plus de pénombre, de poudre aux yeux. Parade peut se voir sans pleurer ni rire - s’entendre sans mettre la figure dans les mains.” (Jean Cocteau, Comoedia, 21 décembre 1920) Le public qui est, selon Cocteau, un enfant voulant qu’on le traite comme une grande personne et qui se fâche si on le mène à guignol, ne l’a pas entendu d’une oreille si favorable, d’où le tumultueux scandale. Avec beaucoup de pudeur et peut-être aussi, avec profondeur, la désinvolture livre ce “gros jouet” semblant sortir de son cadre de scène comme d’un soulier de Noël… Boîte de Pandore ? Parade offre avec une trivialité étudiée et sans cérémonie, les petites joies du quotidien. Porte ouverte au rêve, à l’évasion des beaux esprits, des hommes libres, des gens simples et entiers. Gros plan sur la fête de la rue, sur l’air des grands chemins, sur la vie des saltimbanques, sur les quidams industrieux des Temps Modernes qui ne se prennent pas au sérieux mais qui donnent tout sans compter, même le trop peu, d’où la poétique des petits riens.

Dans le programme des Ballets russes à la création en mai 1917, Guillaume Apollinaire parle d’Esprit Nouveau. Il émane des moindres effets de la pièce un souci du détail, un talent dans l’art de “tirer d’un objet tout ce qu’il peut donner d’émotion esthétique”. Sous des contours naïfs, simplistes, insignifiants, ordinaires, voire ridicules et grotesques, l’oeuvre reflète parfaitement la réalité toute nue, sans cruauté ni arrière pensée : théâtre musical déictique, il ne s’agit plus que de montrer le banal des existences joyeuses et sans panache. Emblématique, totémique, le pas du cheval convoque à notre mémoire retrouvée le souvenir du gentil destrier de l’enfance. Tout apparaît avec tendresse, avec une pointe d’insolence. Tout obéit à une règle du jeu centrée sur le ludique, l’amusement, le divertissement, la distanciation, la fantaisie.

Dans l’histoire des avant-gardes du XXe siècle, Erik Satie domine la mêlée et montre déjà en son temps une voie aux Américains (Ted Shawn, Ruth Saint Denis) que sauront emprunter bientôt les plus audacieux parmi les contemporains (Cage, Cunningham) et les plus novateurs classiques (Balanchine, Ashton, Guizérix, Piollet). Figure de la modernité, l’excentrique Satie ose ne pas être grand. Avec radicalité, il joue de l’oxymore, du paradoxe, de l’ironie, du contraste. Avec un certain grandiose nonobstant, il explore les résonances du vide, écoute le silence, son écho, sa durée. Il façonne une ambiance, une atmosphère, qui vous échappe et par laquelle vous vous oubliez à vous-même. Vous entrez sous hypnose, et vous voyagez. Qui aime bien, Satie bien, ne dit-on pas ? L’art est une folie. L’art est une découverte. L’art introduit au visage de la beauté et du vrai. Avec rigueur, avec la discipline du dandy, avec préciosité même, Erik Satie ne laisse cependant rien au hasard, même si sa démarche artistique préfigure le procédé postmoderne de l’aléatoire. En dépit du ton négligé, du décousu de l’ensemble, du disparat, son apparente décontraction file le tour particulier de l’assemblage, du recyclage, du détournement où prennent corps les associations d’idées. Précurseur des courants surréalistes, Satie s’adonne à la sur-réalité par conviction, fort de son génie. Et par inadvertance, comme à son insu, il dévoile le monde à dessein, avec élégance, avec détachement, laissant agir le flux du vivant avec humour et spiritualité.

Valérie Colette-Folliot,
professeur d’histoire de la danse au Conservatoire de Rouen,
Juillet 2007

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