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Colloque international organisé à l’Université de Nice-Sophia Antipolis

Direction scientifique et Comité d’organisation : Roxane Martin, Marina Nordera

Théâtre de Valrose (Nice), les 12, 13 et 14 mars 2009

Depuis une dizaine d’années, les recherches en histoire des spectacles se sont orientées vers de nouvelles voies. Parfois incluses dans une « histoire culturelle » plus large, elles se sont progressivement affranchies de la dimension normative qui présidait souvent à une historiographie jusqu’alors centrée sur une perspective canonique. Des travaux ont vu le jour récemment ; chacun concerne une époque ou une pratique scénique en particulier, mais tous s’inscrivent dans cette démarche commune qui consiste à réévaluer les objets et les méthodes de l’historiographie de façon à rendre compte des implications à la fois esthétiques, sociologiques et politiques d’un art scénique conçu comme pratique spectaculaire et culturelle au sens large.

Au vu de ce renouveau de la réflexion théorique, il semble pertinent de rassembler au sein d’un colloque international les chercheurs qui ont travaillé sur ces questions. Inscrite au cœur de la plupart des recherches actuelles, la réflexion épistémologique semble d’autant plus s’imposer aujourd’hui que les frontières entre théâtre, danse, mime, performance, opéra, cirque et music-hall ne sont plus opérantes pour comprendre l’état et les enjeux des scènes contemporaines. Ce colloque souhaite étendre la réflexion sur une large période et favoriser la rencontre entre historiens, musicologues, spécialistes de la danse et du théâtre. Il cherchera à identifier les opérations de sélection, de légitimation et de canonisation qui ont fait autorité dans la pratique historienne et qui ont souvent conduit à occulter des innovations scéniques dont l’héritage se mesure pourtant dans les créations d’aujourd’hui.

Ce colloque s’intéressera plus particulièrement au contexte français. Héritière des canons et des hiérarchies mis en place sous l’Ancien Régime, l’historiographie française a sans doute davantage souffert du poids de l’académisme que celle des pays européens. De fait, souhaitant circonscrire l’analyse à la question des influences des politiques culturelles sur le façonnement des outils méthodologiques utilisés en historiographie, on limitera les investigations sur une période allant de 1635 (création de l’Académie française des Belles-lettres [1] à 1906 (abolition de la censure dramatique). Ces dates, encadrant une période suffisamment large pour permettre des analyses à la fois transdisciplinaires, transhistoriques et transgénériques, ont semblé propices à servir de jalons à une réflexion commune dont les enjeux seront de réévaluer, à l’aune d’une méthodologie nouvelle que ce colloque cherchera à bâtir, les critères qui ont longtemps prévalus dans la reconstruction de l’art scénique du passé.

Axes de recherches
Au regard de la problématique posée, plusieurs pistes s’offrent à la réflexion :

I. Les sources
On s’intéressera, par exemple, aux sources à partir desquelles le chercheur reconstruit l’art scénique du passé. Livrets de scène, iconographies, partitions musicales, chorégraphiques et scéniques, dossiers de presse, rapports de censure, maquettes de décors et de costumes, témoignages de contemporains, journaux intimes, correspondances, objets et accessoires divers, sont autant de documents précieux pour l’historien des spectacles, mais que l’historiographie a longtemps ignorés. On cherchera alors à montrer en quoi l’exploitation d’une source, surtout insolite, peut éclairer, voire réévaluer la connaissance d’une pratique scénique en particulier. Cette démarche s’inscrira dans une perspective plus large qui consistera à identifier les répercussions que l’analyse d’un document peut avoir sur l’histoire d’un genre ou d’une discipline artistique telle qu’elle demeure aujourd’hui conceptualisée.

II. La périodisation
Le problème de la périodisation en histoire sera également posé. On s’interrogera par exemple sur les qualificatifs « baroque », « classique » ou « romantique » appliqués à la danse, à la musique ou au théâtre. On cherchera à dater l’apparition de ces termes et à expliquer en quoi ils ont pu paraître opérants, à un moment donné, pour caractériser un courant esthétique, une forme, un ensemble d’œuvres en particulier. On pourra également réfléchir sur la périodisation imposée en histoire par les dates de publication des traités théoriques. En réservant une attention particulière aux manifestes (qui ne sont pourtant qu’une source historiographique parmi tant d’autres), les historiens ont souvent fait se correspondre théorisation et innovation. Une absence de théorisation ne prouve pourtant pas nécessairement un défaut d’innovation, et inversement. En identifiant les enjeux de ces théorisations, on cherchera alors à déterminer en quoi un traité théorique a pu faire date dans l’histoire des spectacles et conduire les historiens à établir des périodisations qui ne sont pas forcément cohérentes pour rendre compte des enjeux esthétiques, sociaux et politiques qui ont motivé la production scénique d’une époque.

III. Les taxinomies
La question des taxinomies (et des hiérarchies qui en découlent) pourra également former l’enjeu d’une étude particulière. On s’attachera, par exemple, à montrer en quoi les pouvoirs politiques, souhaitant codifier la pratique scénique, ont pu imposer des classifications entre genres « nobles » et genres « bas », entre spectacles « pour l’élite » et spectacles « pour le peuple », que les historiens ont ensuite reprises à leur compte sans chercher à les déstabiliser. On pourra aussi interroger la notion de « chef d’œuvre » et analyser en quoi certaines œuvres, une fois consacrées, ont pu servir à créer de nouvelles classifications en s’édifiant comme les modèles à partir desquels ont été analysées toutes les productions d’une époque. On pourra enfin réfléchir sur la question de la postérité et expliquer en quoi certains dramaturges et chorégraphes ont pu être élevés au rang des « grands auteurs » au détriment d’autres, relégués de fait dans la catégorie des artistes secondaires ou mineurs.

IV. Les disciplines
On s’attachera enfin à montrer combien l’interdisciplinarité entre théâtre, danse et musique peut enrichir la connaissance des pratiques scéniques françaises des XVIIe-XIXe siècles. On analysera, par exemple, la fonction dramaturgique d’une musique de scène ou d’une danse intégrée dans un drame ou une comédie. On pourra également mettre en perspective la façon dont l’esthétique du ballet a pu être renouvelée au contact des genres dramatiques, et inversement (par exemple, les influences réciproques du ballet-pantomime et de la féerie/mélodrame dans les premières décennies du XIXe siècle). Dans tous les cas, il s’agira de mettre en perspective la façon dont la séparation du théâtre, de la danse et de la musique en disciplines distinctes a pu conduire l’historiographie à occulter certaines caractéristiques esthétiques, pourtant essentielles à une meilleure compréhension de ces formes.

Les propositions de communication (un titre, 15 lignes de présentation et une bio-bibliographie) sont à envoyer avant le 31 mars 2008 à Marina.Nordera@unice.fr  et à Roxane.Martin@unice.fr

Une réponse vous sera donnée pour le 30 avril 2008.

L’organisation prendra en charge l’hébergement et les repas pendant toute la durée du colloque.

Roxane Martin est Maître de Conférences en études théâtrales à l’Université de Nice.
Marina Nordera est Professeur en danse à l’Université de Nice.

Notes :
1. A laquelle succèderont les créations de l’Académie de la Danse (1661) et de l’Académie Royale de Musique (1669).