« Make Art,
Not War »
OBEY aka Shepard Fairey
L’Artiste engagé
Mardi 10 février 2026 — 15h45-17h45
En français, « OBEY » (le pseudonyme de Shepard Fairey) se traduit par « obéir ».
Sens du mot
« Obey » est l’impératif du verbe anglais « to obey », qui signifie « obéir » en français.
Dans le travail de Shepard Fairey, ce mot renvoie à l’idée d’injonction autoritaire et sert à faire réfléchir à la domination, à la propagande et à ce que l’on accepte sans questionner.
Shepard Fairey est un street-artiste américain, également connu sous le pseudonyme Obey, devenu célèbre notamment pour sa campagne « Obey Giant » et l’affiche « Hope » de Barack Obama.
Il a choisi « Obey » en référence au film « Invasion Los Angeles » (« They Live »), où le mot apparaît comme message subliminal, ce qui lui permet de critiquer l’autorité et la société de consommation.
Aborder la problématique générale de l’artiste engagé revient à une traiter de questions d’ordre politique. Dans quelle mesure les arts du spectacle, les arts plastiques, les sciences et les lettres, sont-ils un biais et un moyen pour faire passer des idées ? L’interrogation et le questionnement autour de l’engagement dont fait montre l’art amène à appréhender le rapport Modernité/Tradition. L’objet de notre conférence relative au maître-mot Make Art Not War consistant notamment à définir les limites entre l’œuvre d’art totale et les œuvres à message, induit la prise en compte de la valeur de l’usage et de la valeur patrimoniale que représente toute création artistique, quelle qu’elle soit, théâtrale, musicale, chorégraphique, plastique et picturale, littéraire ou autre. Faire acte en créant simultanément c’est faire sens tout autant, car l’œuvre d’art pèse dans les esprits et, se faisant, fait levier dans le mémoire, enlevant le poids et la pesanteur insoutenable de l’être et du vivant en sa personne même. Ainsi font-elles manifeste, en non pas traité, ces œuvres d’art qui sont à part entière qui sont œuvres à message. Pour s’en persuader, il n’est que de citer quelques textes fondateurs comme, par exemple, No Manifeste (1965) d’Yvonne Rainer, chef de file de la Judson Church Theater, sans oublier auparavant le Manifeste du futurisme (1909) de Marinetti, ou bien le Manifeste du dadaïsme (1916) d’Hugo Ball, puis le Manifeste du surréalisme (1924) d’André Breton, en référence bien évidemment au Manifeste du parti communiste (1848) de Marx et Engel, que prolonge un article publié en novembre 1952 dans le New York Times de de Holmes qui tient office de Manifeste de la Beat Generation des années 1950 autour de la personnalité de William S. Burroughs (1914-1997), mentor du Velvet Underground porté par Lou Reed (1942-2013) leader du groupe soutenu par la Factory d’Andy Warhol (1928-1987) figure phare du pop art, tous explorateurs du trouble de l’état limite ou de tout ce qui s’en rapproche par la consommation de stupéfiants confinant aux états de conscience modifiée que la génération des Beatniks (1950) a vécus et expérimentés On the Road (Kerouac, 1957), bohème suivie des Hippies (1960) animés par le Song (Ginsberg, 1963) en borderline illuminés, « grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques mus, se traînant à l’aube dans les rues nègres à la recherche d’une piqûre furieuse », hurle au désespoir le poète du recueil Howl (1955).
Mais l’espérance est là. En faction, elle se tient prête toujours et encore pour rejeter les valeurs traditionnelles des années d’après-guerre 1945-50, luttant contre la guerre du Viêtnam, combattant pour l’égalité des droits entre femmes et hommes, se retrouvant dans l’engagement pacifiste en butte au post-colonialisme impérialiste américain et son capitalisme sauvage, soudés autour des actions sociales contre les discriminations sexuelles, actions politiques avec les communistes, actions musicales vives d’une spiritualité zen et bouddhistes aux accents de sagesses orientales allumées. « Faites de l’art, pas la guerre » redouble à sa façon « Faites l’amour, pas la guerre ». Si le mouvement hippy se retrouve dans la mouvance baba cool au tournant des années fin 70, c’est en 1976 que monte un nouveau courant culturel, véritable phénomène de société : le punk des années 80 opposant au Peace and Love baba cool, leur No Future chargé de haine et de violence à travers le mot d’ordre de la jeunesse britannique rebelle et révolté qui chante un God Save The Queen hérétique avec leur idole Johnny Rotten, leader des Sex Pistols dont la devise est Hate and Fuck par provocation. Mais le slogan du groupe punk finira par être abandonné, à la fin des années 90, lorsque dans sa nouvelle formation dénommée Public Image Limited PIL, Johnny Lydon alias Johnny Rotten fera volte-face comme par repentir, alors sous influence post-mortem de l’artiste-auteure Nico, son égérie. Désormais, le tube This Is Not A Love Song (2013) s’imposera comme appel-réponse de la nature de l’homme, intime, sensible et non moins ardente ligne de conduite du nouvel homme qu’il est devenu, réconcilié avec la vie, refusant le jeu si violent de la mort et de la haine, investi toujours et encore des thèmes liés aux drogues dures, le sado-masochisme, la prostitution, l’androgynie, la sexualité, la transidentité, mais autrement. [...]
(c) Valérie Colette-Folliot
Sémiologue de la danse, conférencière
Professeur de culture chorégraphique, histoire de la danse
Docteure en arts du spectacle, études théâtrales
Conservatoire à rayonnement régional de Rouen
Dimanche 8 février 2026
Ressources
❧ Sarah Jaye Williams aka LG Williams, The Philosophy Of Obey: 1433 Philosophical Statements by Obey from 1989-2008, Editions CreateSpace Independent Publishing Platform, 2016.
❧ Jean-Paul Sartre, Qu'est-ce que la littérature ? Edition Folio, Coll. Essais, Paris, (1948), 1985.
❧ Jacques Rancière, Le Partage du sensible : Esthétique et politique, Editions La Fabrique, Paris, 2000.
❧ John Lydon, La Rage est mon énergie : Mémoires, Editions Point (poche), Paris, 2015.
❧ Valérie Belmokhtar, L'artiste et le vivant : Pour un art écologique, inclusif et engagé, Editions Pyramyd, Paris, 2022.
❧ Allen Ginsberg, Howl et autres poèmes, Editions Bourgois, Paris, 2022.
Légende des photographies :
Shepard Fairey (Obey), Make Art Not War, 36 x 24 inches, Offset lithograph on cream Speckle Tone paper.
Suitcase Joe : Portrait de Shepard Fairey.